omment CATALA devint un nom alsacien … !
ou l’histoire d’Antoine CATALA (1731-1807)

par Jean-François CATALA

es 9, 10 et 11 novembre 2002 s’est déroulé à Sélestat un événement exceptionnel : la rencontre des descendants de la famille CATALA, dispersés à travers le monde depuis des générations. Ils ont choisi pour se retrouver, et faire connaissance de revenir au berceau de leurs origines. Cette manifestation a eu lieu à l’instigation de Madame Anne SCHUHLER-WARGNIEZ, issue de la famille MARTEL-CATALA, fidèle au devoir de mémoire qu’elle s’est fixée avec l’appui du comité organisateur : Jean François CATALA, Bernard CATALA, Pol DASSESSE, de Belgique et Marie Christine CATALA de Suisse. Ces cousins s’étaient rencontrés à la suite d’une série de hasards et ne se connaissaient pour la plupart que depuis quelques mois. Les CATALA à Sélestat sont inséparables des MARTEL. Ces deux familles ont des origines méridionales lointaines et se sont enracinées depuis deux siècles à Sélestat. Les 138 cousins CATALA qui étaient au rendez-vous se réclamaient tous d’un ancêtre commun : François- Joseph CATALA (1782-1854) qui épousa en 1805 Marie Salomé Vogel dont il eut 3 enfants, et en 1816 Marie Anne FOUR de Saint-Hippolyte, dont il en eu douze. Chacun de ces descendants était issu d'une des six branches vivantes du deuxième mariage : Victor, Charles-Etienne, Alexandre, Hortense, Marceline (l’épouse de Fortuné Martel, le co-fondateur des établissements Martel-Catala) et Adolphe, l’associé de Fortuné Martel. Le père de François-Joseph CATALA, était originaire du Languedoc et à la suite d’un long parcours militaire s’était fixé à Sélestat en 1774. Jean-François CATALA le présente ici, dans le contexte historique du XVIIIe siècle, à partir du «livre de raison» rédigé par Antoine Catala.

Anne SCHUHLER-WARGNIEZ

Comment un nom catalan a-t-il pu devenir un nom aussi lié à celui de l’Alsace et particulièrement à celui de Sélestat ?

Jusqu’il y a peu, en effet, les murs d'une de ses entreprises y arboraient fièrement place de Gaulle le logo de "MARTEL-CATALA" . Des centaines de familles alsaciennes depuis le XIXème ont prononcé ce nom, l'associant intimement à leur gagne-pain, à leur épanouissement, à leur vie. La réputation de ses toiles métalliques l'a fait connaître dans le monde entier, transportant avec elle celle du caractère innovateur, de la qualité et du sérieux du travail alsacien.

 

Régiment d'Artois : drapeau et uniforme

C'est l'armée du Roi de France au XVIIIème siècle qui, essaimant ses soldats sur tout le territoire, fut le vecteur de l'implantation du nom à Sélestat : sa prison militaire, aux marches du royaume, accueillit en fin de carrière un de ses soldats venu du Sud-Ouest, après de longues et aventureuses pérégrinations avec le régiment d'Artois. Antoine CATALA s'y maria avec une fille de l'endroit et y fit souche.

ntoine a 20 ans quand il s'engage dans les armées du Roi de France, Louis XV, le 26 février 1751 à Rouvenac en Languedoc. Sa fiche d’engagement, conservée au Service Historique de l’Armée, indique : "taille 5P 2p cheveux châtains lissée yeux gris, front petit, nez verp au gras, par le bout, bouche moyenne, visage rond et plat, tâche de rousseurs, une cicatrice au front sur le sourcil gauche, une marque au côté de la bouche(1)". Baptisé « La Giroflée » par l’armée, il rejoint le régiment d'Artois le 24 mars à La Rochelle. C'est le début d'un périple extraordinaire qui lui fera découvrir 2 continents, chose peu commune à l'époque ! Son aventure commence par de petits déplacements avec son régiment entre les casernements de La Rochelle, Calais, Dunkerque, Gravelines, à nouveau Calais, et Lille.

Le port de Louisbourg

Mais, le Traité d'Aix-la-Chapelle (1748) qui a mis fin à la guerre de Succession d'Autriche n'a rien résolu, et, une fois de plus, la tension monte entre Français et Anglais envieux de l'épanouissement de la France entr'autres dans ses colonies des Indes et du Canada. Antoine arrive à Brest le 11 avril 1755, et part le 3 mai avec une flotte commandée par le vieil amiral de la Motte, de l'autre côté de l'Atlantique au sud de l'embouchure du fleuve Saint-Laurent : le puissant fort de Louisbourg, gouverné par le Chevalier de Drucour, sur l'Ile Royale (Ile du Cap Breton) l'accueille le 20 juin. La riche colonie fondée par les Français au début du XVIIIème siècle leur a été retrocédée 6 ans auparavant par les Anglais (1749).

 

n 1756, la guerre de 7 ans est déclenchée entre l'Angleterre alliée à la Prusse et la France alliée à l'Autriche. Au Canada, les Français, inférieurs en nombre, remportent des succès près du Lac Ontario. Mais la volonté anglaise d'y dominer est telle qu'ils mettent en œuvre tous les moyens. Leur premier objectif est de réduire Louisbourg. Les flottes françaises sont bloquées du côté européen de l'océan

La forteresse de Louisbourg

empêchant le ravitaillement du fort. William Pitt, premier ministre anglais, regroupe 180 navires et 27 000 hommes à Halifax à 300km au sud-ouest. Le soir du 29 mai 1758, cette formidable armada sous le commandement de l'amiral Boscawen lève les voiles sus aux Français. Ils ancrent le 3 juin près de Louisbourg où 2600 marins et 3000 soldats fourbissent leurs armes ! 10 bateaux sont au port, prêts au combat sous le commandement de l'Amiral de Gouttes. Le 8 juin, la mer se calme un peu. Les Anglais tentent un débarquement à l’anse de la Coromandière. C'est la seule plage accueillante de cette côte hostile de rochers battus par le ressac. Le Colonel de Saint Julhien du régiment d'Artois s'y est retranché avec 1000 hommes et 10 canons. Les assaillants sont repoussés par un déluge de feu. Lors de cette débandade, par le plus grand hasard, ils découvrent un rocher plat abrité des regards français par une petite colline : un endroit permettant de débarquer discrètement au mieux 2 canots à la fois. C'est peu, mais suffisant pour un petit "commando". Les Français n'ont pas remis en état le nid de pie qui surveillait jusqu'à Louisbourg cette partie de littoral inhospitalier. C'est la faille qui signifiera leur perte et la fin de la colonisation française au Canada. Avant qu'ils s'en aperçoivent, quelques dizaines de soldats anglais ont débarqué. Ils escaladent la colline, bousculent

Frégate

quelques défenseurs et déboulent du sommet sur la batterie qui protégeait la plage, et la neutralisent. Les soldats français, craignant d'être coupé de leur voie de retraite, s'enfuient ! Ils abandonnent leur précieux ravitaillement et recherchent la protection des murailles de la forteresse. Les Anglais, sous les ordres du général Amherst et du Colonel Wolfe débarquent alors tranquillement et mettent le siège devant Louisbourg. La ville, décimée par une épidémie, épuisée par un blocus d'un an, le manque de ravitaillement, un hiver tardif, et écrasée sous 18 000 boulets de canon, tombe le 26 juillet, malgré une défense héroïque. Les Anglais compte 200 morts, les Français un millier ! Antoine, qui a survécu, est fait prisonnier. Les Anglais l'embarquent le 8 septembre pour Plymouth où il met pied à terre le 26 octobre. Echangé, il part de Portsmouth et débarque à Saint Malo à la veille de Noël 1758.

n an plus tard, nous le retrouvons sur les mers! Les Français ont conçu un projet audacieux: débarquer 50 000 hommes en Angleterre et 15 000 en Ecosse. Le Maréchal de Conflans est chargé de son exécution. Pour créer une diversion, une petite flotte devra prendre les Anglais à revers : 6 navires appareillent de Dunkerque le 15 octobre 1759 sous le commandement d'un jeune et intrépide capitaine de 33 ans, redouté corsaire : François Thurot. En plein hiver, ils vont contourner les îles britanniques. Antoine est à bord de la Blonde, une frégate de 32 canons commandée par M. Larréguy, avec 5 "piquets" d'Artois, parmi les 1200 soldats de l'expédition. Courte relâche à Ostende, ravitaillement à Katinbourg (Göteborg - Suède), Bergen (Norvège), et aux Iles Feroë. Le 16 janvier 1760, la petite flotte fond sur l'Irlande. Mais des dissensions graves sont apparues entre M. de Flobert, Brigadier d'infanterie commandant les soldats, et Thurot. Les hommes sont fatigués par des mois de navigation difficile, et le rationnement du au manque de vivres. Des bateaux se sont perdus, d'autres ont déserté

Le fort de Carrickfergus à l'entrée de la baie de Belfast

pour la France. Après plusieurs tentatives infructueuses d'entrer dans la baie de Londonderry, Thurot apprend en relâchant le 15 février dans l'île écossaise de Islay que l'armée navale du Maréchal de Conflans, en plein préparatifs, a été battue par celle de l'Amiral Hawke, averti des intentions françaises. Toutes ces mauvaises nouvelles ne font qu'accentuer les tensions. Thurot décide malgré tout d'attaquer Belfast, mais est contraint par de Flobert de se contenter le 21 février du vieux fort de Carrickfergus, à l'entrée de la baie de Belfast "pris en 3 heures de combat" écrira Antoine. Les difficultés d'approvisionnement, les disputes continuelles des 2 commandants et le caprice des vents retardent le départ. Trois frégates anglaises, prévenues, engagent les 3 bateaux français à leur sortie de nuit de la baie de Belfast le 26 février. Après une poursuite de deux heures, les 3 frégates rejoignent et attaquent celle de Thurot, le "Maréchal de Belle-Isle", au large de l'île de Man. "La Blonde" et le "Terpsicore", appelées à la rescousse, s'enfuient. Un combat terrible et inégal s'ensuit, qui ne prend fin qu'avec la mort héroïque de Thurot. Les deux fuyards sont rattrapés et capturés.

Les équipages et soldats sont emprisonnés à Belfast puis reconduits en France. Rentré à Morlaix (Bretagne) le 15 mars 1760, Antoine part le 1er juin rejoindre le 1er bataillon à Calais. Le 8 juillet départ pour St-Omer. Le 8 septembre enfin... 6 mois de congé militaire (semestre), un repos bien mérité après ces épisodes mouvementés !

 

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(1) Taille 1,68 m, le pied français valant 32,484 cm et le pouce français 2,707 cm La description du nez n’a pas d’explications















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